vendredi 6 décembre 2013

L'insatisfaction d'être Parisien, avec un P majuscule s'il vous plaît.



ARTICLE REMIS AU GOÛT DU JOUR PAR L'ILLUSTRATRICE LUCIE NGUYEN !



Jeune pré-pubère en manque de sensations fortes, c'est à l'âge de 22 ans que je décide de m'installer au centre du monde, soit la ville des merveilles, Paris. A moi l'appartement haussmannien de 70m²-grandes fenêtres-3 pièces-parquet et vue sur la Tour Eiffel ! A moi les soirées champagne ! A moi la belle vie !
Ou presque...

L’emménagement.
J’ai troqué ma maison familiale avec jardin et chien de compagnie pour une "coquette" chambre de bonne située au 7ème étage sans ascenseur avec un vis-à-vis des plus merveilleux : un mur. Les voisins de droite manigancent chaque soir des parties de jambe en l’air pour simuler leur amour profond et sincère. Les voisins de gauche fument de l’herbe 24h/24, leur but étant sûrement de m’asphyxier un jour prochain. Et les voisins du dessous n’ont pas encore compris que me menacer pour tapage nocturne à 18h n’était pas vraiment correct.
Vivre entre le frigo, les toilettes (ah non, eux, ils se trouvent sur le palier) et les valises pleines de fringues qui ne demandent qu’à être défroissés avant d’être portés ça va deux secondes, enfin deux mois ! Il est temps de déménager.


Le boulot.
Après un diplôme de cinéma et quelques stages en évènementiel, j’ai compris – mieux vaut tard que jamais – que ce n’était pas avec ça que j’allais gagner ma vie et payer mon superbe appartement.
J’ai donc saisi l’opportunité de rêve : travailler chez Zadig & Voltaire. Coucou les remises de 50% et les cartons presse pour les ventes privées où tout le monde s’y rend même sans travailler chez Z&V parce qu’il suffit de les télécharger sur le site-même. Au début, c’est fantastique : tu t’habilles avec les fringues de la marque. Après, c’est sympa: tu joues à la vendeuse. Enfin, c’est la démission assurée : tu n’es vraiment pas faite pour servir des clientes qui ont plus de monnaie que toi dans leur portefeuille.
Alors tu prends ton courage à deux mains et tu te lances dans la tournée des galeries d’art parce qu’être assistante d’une galerie c’est chouette. Mais comme tu n’as aucune réponse positive sur un CV envoyé, tu te lances dans la tournée des Starbucks… Au final, me voilà responsable de l’étage d’un cinéma d’art et d’essai en plein Marais. Le titre du poste envoie du rêve, en réalité, je me retrouve à servir des expresso toute la journée. Peut-être qu’un jour on comprendra que je suis une personne extraordinaire. Enfin voilà, cela fait 2 ans maintenant que je sers des cafés, et cela fait 2 ans que je répète à qui veut l’entendre que je cherche à côté, que ce n’est que temporaire, et que bientôt on me verra à la tête d’une jeune boîte dynamique.


Les soirées.
C’est en sortant que tu rencontres du monde. Mais, c’est en sortant là où il faut être que tu rencontres les bonnes personnes. Ces soirées sont géniales : cadres superbes à la Terrasse du Wanderlust avec vue sur les immondes tours de bureaux ou la terrasse du Mauri7 pardon, où les odeurs d’égout te font très vite oublier le packaging fleurs-monoï-bougies senteurs. Mais l’essentiel est qu’on est là où il faut être. Oh mon dieu, la Connasse numéro 1 est là avec une espèce de mec à barbe beaucoup trop vieux pour elle, il doit être musicien à durée déterminée pour le Disquaire Day ! Mais qu’est-ce qu’elle fait là ? Bon, ok. Copine numéro 1 et moi, on est là où tout Paris est. Donc ok, sa présence est plus ou moins légitime.  Mais quand même, si j’avais pu éviter de la croiser celle là…


Le retour de vacances.
Elle s’est plainte de la pluie et du soleil, de Paris Plage et du Pass Navigo dézoné pour le Grand Paris, des touristes en plein mois d’août, de son appartement devenu beaucoup trop petit depuis son retour de vacances, des pratiquants du Velib’ ne sachant franchement pas faire du deux roues, des Buttes Chaumont éternellement envahies, du port de la tongue, de la cigarette électronique parce qu’elle a pris conscience que c’était peut-être dangereux pour sa petite gorge, de Facebook et de son fil d’actualité composé à 99% de photos de pieds dans une eau étrangement turquoise (#filtre), de son mois de vacances passé à une allure non-autorisée, de la réaction de sa peau face au soleil alors que tous les ans c’est pareil, d’Asos parce qu’il aura fallu 3 commandes puis 3 retours pour obtenir la bonne taille d’une veste finalement plus si belle que ça, de ses blogueuses mode invitées aux quatre coins du monde, de Secret Story, de la chaleur insupportable du métro, de l’arrivée du magazine Stylist sur le marché des gratuits, du fonctionnement de l’Europe tout en s’enlevant les trois grains de sable coincés entre deux orteils, du manque de place en terrasse obligeant à tourner en rond pour trouver une table, des gens qui fument en terrasse, du manque de coordination des travaux de son immeuble en en venant à la conclusion que chacun de ses voisins devraient se mettre d’accord sur une date et une heure précise pour effectuer ces p**** de travaux…

Bref, la Parisienne est de retour de vacances dans toute sa splendeur !


Les garçons.
RAS